Cette exposition s’intitule Jardinés colgantes, avec un accent sur le « e ». Sa prononciation fait entendre une sonorité délibérée. Ce jeu de mots fusionne d’une part le prénom de l’artiste, Inés, avec le mot espagnol jardines – « jardins » –, et fait allusion d’autre part à la série qui domine l’exposition : ses jardines colgantes, ses « jardins suspendus ».
Les pièces récentes sont le fruit d’une recherche que l’artiste a entamée il y a plusieurs années. Cela nous conduit à parler de deux étapes, entre lesquelles existent des ressemblances et des différences issues d’un processus créatif où prévalent la réflexion et la capacité d’innovation. Certains éléments communs demeurent d’un moment à l’autre : le matériau employé (l’acrylique), la transparence, l’espace, la couleur et la lumière. Demeure également une nette définition géométrique et structurelle.
Si tout cela persiste et constitue une part essentielle du langage plastique d’Inés, il faut préciser que les différences sont si marquées qu’elles tracent un avant et un après : dans les jardins antérieurs, les éléments chromatiques étaient fixés sur une plaque d’acrylique, entière et transparente, de sorte que l’œuvre dans son ensemble se distinguait par sa fixité et sa verticalité. Dans les œuvres actuelles, l’artiste ne recourt plus à un support unique pour les maintenir. Son système est modulaire : chacun des éléments qui composent la pièce est indépendant des autres, et tous s’assemblent selon un ordre et un rapport proportionnel. Cela indique que la logique du nombre d’or et l’usage du Modulor – unité de mesure employée par Le Corbusier, qu’Inés a appliquée dans des séries antérieures – persistent dans l’œuvre actuelle.
Cela lui a en effet permis de remplacer les formes elliptiques et circulaires par des figures rectilignes, comme le carré, qu’elle décline en différentes tailles. Elle assemble ces plaques carrées colorées à d’autres, transparentes, ce qui lui permet d’obtenir une organisation en spirale et en progression. Il en découle deux conséquences intéressantes : la première est le caractère dynamique que possèdent désormais ces nouveaux jardins suspendus, car la forme spiralée est intrinsèquement dynamique ; mais ce sont en outre des œuvres dotées d’un axe de rotation qui, conjugué à l’interaction du spectateur, les fait tourner constamment. Les accents de couleur sont dès lors animés d’une mobilité perpétuelle.
La seconde conséquence est le caractère germinatif de ces jardins, terme qui confère à ces œuvres, malgré leur géométrie, une connotation organique particulière. Non seulement leur apparence varie lorsqu’elles tournent, mais, du fait du système modulaire, de la disposition progressive des éléments et de la technique de l’assemblage, elles sont susceptibles de se transformer : de croître. Par l’ajout de nouvelles plaques d’acrylique, nous voici face à une œuvre ouverte, extensible, fruit d’un usage raisonné et souple de la géométrie.
Sans renoncer à l’acrylique comme matériau principal de sa production, Inés Silva introduit dans certaines œuvres récentes le miroir et le métal. Si la transparence permet d’intégrer l’espace à l’œuvre, le miroir le reproduit à son tour, en y incluant aussi le spectateur. Les fils d’aluminium revêtus d’or et de chrome, par ailleurs, lui permettent de travailler la ligne selon un tout autre principe que celui du « cadre virtuel » que l’on perçoit dans les tranches des plaques d’acrylique transparent. Ce sont désormais des lignes physiques, corporelles, vues en relief sur un support plan en acrylique, disposées en spirale ou formant une progression de carrés, toutes conformes à la proportion dorée.
Au terme de ces observations, il convient de souligner le caractère constamment lumineux de l’œuvre d’Inés. Ce sont des pièces dont l’environnement et la lumière semblent faire partie. On peut même le déduire de celles à fond noir, si l’on considère leur brillance comme une qualité miroitante, où la réalité se réplique et où, de même, elle nous contient. Il s’agit en définitive d’une géométrie exacte et expansive en tous sens.
Susana Benko
Chercheuse en art et commissaire indépendante. Membre de l’Association internationale des critiques d’art (AICA-Venezuela).
Traduit de l’espagnol.